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Portrait : Drissa KANAMBAYE, Dogon, Malien et Citoyen du monde

Si j’avais la finesse de la plume de Barbara Cady, auteure avec Jean-Jacques Naudet de Portraits du XXème siècle. 200 personnalités qui ont marqué leur époque (HF Ullmann Editions, 1999), je serais honoré de donner rendez-vous à mes lecteurs dans quelques années pour proposer une esquisse de portrait de Drissa KANAMBAYE. Non pas qu’il manque immédiatement de matériaux pour réaliser un tel exercice, mais simplement par souci de donner du temps à cette jeune pousse d’éclore davantage et d’investir les nombreux terrains qui concentrent son énergie. En attendant, je me contenterais de ce modeste instantané qui met en lumière les qualités humaines du natif du Cercle de Bandiagara, représentatif d’une certaine jeunesse issue de la diaspora africaine de par le monde.

Dans le cas de « Dri », ce qui frappe à première vue, c’est la trajectoire ascendante sur laquelle il est placé, comme s’il était propulsé par un lanceur de Kourou (Guyane française). J’éviterai de tomber dans le dithyrambe et me contenterai juste de brosser un portrait le plus objectif possible de notre héros du jour qui offre la singularité d’être à la confluence de la tradition et de la modernité. On le croirait venu tout droit du pays du Soleil Levant (Japon). Cela est d’autant à son honneur que notre bonne vieille culture malienne enseigne, elle-aussi, que pour prétendre conquérir le monde, il faut bien être enraciné dans ses origines. Drissa ne déroge pas à cette exigence capitale puisqu’il a son Plateau Dogon qui l’a vu naître et le Mali chevillés au corps, deux repères qui façonnent son être et son paraître.

La bonne étoile

A la naissance de Drissa KANAMBAYE, les planètes sont parfaitement alignées comme sur du papier à musique. Il ne serait pas du tout étonnant que l’étoile Sirius B dont les anthropologues français Marcel Griaule et Germaine Dieterlen parlent abondamment dans leurs recherches sur la cosmogonie Dogon ait éclairé son berceau. En effet, il passe là où certains trébuchent. Il réussit là où beaucoup de ses camarades d’âge échouent. Quand il y a beaucoup d’appelés, il est toujours parmi les rares élus. La dernière illustration en date de sa bonne étoile, c’est son sacre aux Africain Lion Awards, le  20 mai 2018 à Bruxelles, dans la Catégorie Intégration & Engagement. Et sans être mage, mon petit doigt qui ne me trompe presque jamais me dit que la liste des trophées et distinctions qu’il est susceptible de collectionner sera longue, et va étoffer un tableau de chasse qui affiche déjà trois autres trophées conquis de haute lutte :

 

  • 3ème prix : Les plumes d’or de la francophonie en poésie (2006).
  • Trophée « Communication et Leadership » du Malian Leadership Initiative, 2015.
  • Trophée « Mérite associatif » Dzesi de l’ASBL Actions Europe-Afrique, 2016

 

Drissa est allé à bonne école et poursuit son cheminement dans un sillon tout tracé qui doit, sans incident majeur, le conduire aux cimes. Il en est conscient et travaille d’arrache-pied à cette perspective. L’enfant de Gagnaga se souvient, comme si c’était hier, de cette époque où, pieds nus, il se rendait à l’école de (….) pour acquérir le savoir, cette clé du monde qui ouvre toutes les lourdes. Ni la faim qui l’a tenaillé à cette époque, ni la méchanceté de certains proches encore moins l’adversité ambiante n’ont eu raison de sa volonté d’aller de l’avant.

C’est ainsi qu’il a successivement terrassé sans encombres les diplômes du CEP, du DEF, du Bac avant de décrocher une Maîtrise en Lettres modernes à l’Université de Bamako en 2007, et l’équivalent  d’un Master en Anthropologie de l’eau, l’année d’après, toujours dans la Cité des Trois Caïmans. Arrivé en Belgique en 2009, Drissa continue d’étancher sa soif inextinguible de savoir d’abord à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) où il a obtenu un Master en Information & Communication des Entreprises et des Institutions, puis, il s’envola en Suisse où il obtint un Certificat d’expertise en Analyse de conflits et résolution de paix avant d’intégrer l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve où il est Doctorant en Information et Communication. Son travail de recherche porte sur le tourisme au Mali et les secteurs connexes de la culture et de l’artisanat qui ont été fortement chahutés par la crise sécuritaire et politico-institutionnelle dans laquelle le pays s’est installé malheureusement à partir de mars 2012.

De son terroir hostile par certains de ses aspects physiques et de l’ivoirien Bernard DADIE, Drissa a bien appris que « le travail assure l’indépendance ». D’où son engagement méthodique dans tout ce qu’il apprend et son penchant prononcé pour le perfectionnisme.

J’aurais pu tout aussi évoquer sa faiblesse pour les belles lettres qui lui vient d’une époque où les instituteurs, au moyen de rares livres disponibles dans les écoles de campagne, vous donnaient le goût de la lecture et l’aptitude à mémoriser des poèmes. Vous êtes averti : dans un échange à bâton rompu avec Drissa, ne soyez pas surpris de l’entendre « débiter » des pans entiers de textes de La Fontaine, de Lamartine, d’Aimé Césaire, de Senghor… ou de Yambo Ouologuem dont il est un disciple pour avoir créé, en son temps, et présidé un club portant le nom de cette plume acerbe injustement ostracisée par une certaine communauté littéraire par jalousie et égoïsme.  

L’altruiste

Pour Drissa, tout devrait se ramener à l’Homme. Il est l’Alpha et l’Oméga. C’est un trait de caractère qui lui vient de son éducation familiale. Il aime à citer sa vieille grand-mère qui a largement contribué à le formater en lui donnant des valeurs essentielles qui sont autant de passe-droit partout où il se rendra sur cette Terre des Hommes pour quelque raison.

Il est de cette espèce malheureusement menacée de disparition qui a fait le pari de l’humain et qui ne conçoit pas la vie ici-bas en dehors du partage, de la convivialité et du vivre-ensemble. C’est son côté idéaliste qui l’amène quelques fois à pousser des coups de gueule, ne comprenant pas toujours les agissements de l’autre qu’il envisage à son image.

Foncièrement humain, il a le cœur dans la main. C’est une qualité qui s’acquiert au village où l’on apprend à partager sa nourriture, son toit et ses maigres ressources avec son prochain. De par ses origines rurales, sa religion est faite depuis sa tendre enfance que  « nul ne peut être heureux tout seul » dans ce monde en pleine mutation. Jean de La Fontaine écrit qu’on a souvent besoin d’un plus petit que soi, ce qui induit la nécessité d’être en permanente transaction avec l’autre. Tel est Drissa KANAMBAYE, fier de ses origines Dogon et maliennes et, tel Eugène de Rastignac dans le Père Goriot, s’écrirait : « A nous deux le monde ! ».

Le patriote

Drissa KANAMBAYE est un amoureux du Mali ; il est tombé amoureux du Mali depuis l’école primaire, cet âge auquel on ânonne les paroles de l’Hymne national sans se préoccuper de savoir le sens que véhiculent les mots. Son Mali, c’est l’Etat-Nation hérité des fondateurs des prestigieux Empires du Ghana, du Mali, de Songhay dont l’œuvre a été poursuivie par les royaumes et, bien plus tard, par la République. Ce Mali-là, il vaut mieux ne pas y toucher si vous ne voulez pas expérimenter le courroux de l’homme.

En Belgique comme en France, il a régulièrement battu le pavé aux heures les plus sombres de l’odieuse occupation terroriste qui a mis le pays en coupes réglées en 2012 et 2013. A la même époque, Drissa ne s’est pas ménagé non plus pour faire les plateaux TV et Radio aux fins de « laver » les mensonges grossiers distillés dans les grands médias par des brigands de grand chemin et leurs suppôts européens.

Parfois, il a pris sa plus belle plume qu’il a trempée dans du vitriol pour « emmerder » des énergumènes qui ne montent au septième ciel que lorsqu’ils cassent leur sucre sur le dos des Etats africains ou parés de l’habit de « spécialistes » à deux sous, font les oiseaux de mauvais augure en nous prédisant de sombre dessein.

Au plus profond de la crise, Drissa et ses amis ont défendu, sans concession, le Mali un et indivisible. A Bruxelles, capitale de l’Europe, ils ont secoué régulièrement le chêne afin qu’il ne succombe pas au chant des sirènes. Ce qui leur a valu de la notoriété dans les médias et les réseaux sociaux.

Enfin, Drissa est un activiste associatif hyperactif qui ne peut se permettre d’oublier les dures conditions de vie des populations rurales de son Mali natal. A chaque instant de sa journée, il pense à la veuve et à l’orphelin. C’est pour cette raison qu’il milite dans des réseaux associatifs pour contribuer à résoudre certains problèmes existentiels dans son terroir. De la formation professionnelle à l’éducation ; de la santé communautaire au microcrédit…, Drissa n’a pas de limites. Il sait que tout est urgence sur le terrain et ne manque jamais de mobiliser des mécènes chaque fois qu’il en a l’occasion.

Et comme je l’écrivais plus haut, sur Drissa il existe suffisamment de matériaux pour produire un excellent portrait. Mais pour faire le best-seller, la prudence commande de patienter encore quelque temps. Je m’accorde volontiers ce répit tout en souhaitant à Drissa de voler le plus haut possible et d’être ce poète investi d’une mission sacerdotale pour sa communauté et son pays.

Dri-Boss, Mister K., Jeune leader, Poète fou et Grand quelqu’un pour d’autres, je dis bon vent au fils de la falaise de Bandiagara et du Plateau!

Jean BOOLE

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