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Vrais et faux problèmes. Anciens et nouveaux partenariats sur l’immigration

Selon M. Jamouchi, il peu probable que l’U.E. soit tant bouleversée par la seule arrivée de réfugiés. Ils sont visibles mais la complexité de la situation l’est beaucoup moins.

Sarah Boumen : Comment réagissez-vous quand on dit que les réfugiés envahissent l’Europe ?

Mohammed Jamouchi : Il y a certainement un envahissement médiatique qui occulte l’évasion financière et fiscale. Il me semble que l’on veut pas tenir compte des statistiques. Rappelons les chiffres : 80% des mouvements migratoires ont lieu à l’intérieur du continent africain ; 0,5% en direction de l’U.E.

La tension se focalise sur les réfugiés car ils sont plus facilement identifiables, mais lorsqu’un réfugié parvient, au péril de sa vie, à joindre une rive européenne, 200 ont rejoint d’autres horizons. Aujourd’hui la présence de réfugiés étrangers est plus visible à Beyrouth, Istanbul, Casablanca ou Tanger qu’à Bruxelles ou Berlin.

Au Maroc, une grande partie d’entre-eux ont été récemment régularisés sans pour autant bouleverser la population locale, sans grands débats publics mettant le gouvernement sur la sellette.

En outre le gouvernement marocain n’utilise pas ce phénomène comme moyen de pression face à l’U.E. Les gouvernements de Rabat et d’Ankara ont deux modus operandi différents…

S.C. Vous voyez plutôt l’évasion des capitaux ?

M.J. Le manque à gagner, c’est l’économique que l’on voit en premier, mais c’est aussi ce qui cache le reste ou ce qui en reste : ce qui en reste de la dignité humaine et de la diversité culturelle ; du pluralisme qui sont mis à mal par quelques groupes et partis extrémistes tels qu’en Autriche, en Hongrie, en Pologne… L’aspect économique est important et avec lui les accommodations et les décisions politiques correspondantes. Mais ce n’est là que la partie visible de l’iceberg.

S.C. Qu’est-ce qu’on ne voit pas ?

M.J. Mettre le focus sur la visibilité des réfugiés de façon aussi exclusive est susceptible de détourner notre attention de problèmes fondamentaux. La crise de l’Union est hélas plus profonde, c’est celle des valeurs, celles des fondateurs. On assiste à un éloignement de l’esprit et de la volonté des Schumann, des Spaak, des Adenauer …

De ce point de vue on pouvait s’attendre au Brexit ; mais comment comprendre la position italienne, pour le moins étonnante, en sa qualité de membre fondateur ?

Ceux qui tenaient à mettre en ouvre la tolérance, la solidarité

S.C. Quelles sont les craintes à avoir ?

M.J. Un grand coup d’arrêt de l’immigration a été porté par les E.U. Avec son programme America first, qui conduira à brève échéance à une Amérique seule. Cet isolement culturel, doublé d’un protectionnisme économique -qui coûtera cher aux contribuables européens-, qui va de paire avec le refus du métissage qui remet en question l’un des plus grand « modèle » multiculturel. L’Amérique vie dans l’incertitude d’un populisme massif. On assiste aussi à une montée en puissance du populisme en Hollande et en Autriche, à la différence que les partis d’extrême droite, les eurosceptiques ne l’ont pas emporté.

Mais dans leur quotidien, les citoyens redoutent les restructurations, les privatisations quand ce n’est pas des délocalisations, les suppressions d’emplois, le chômage, la réduction du pouvoir d’achat, l’augmentation des taxes surtout quand ils ne s’accordent sur leurs affectations, le gap qui se creuse entre les nantis et les démunis, bref l’austérité. Sans compter le désintérêt pour la scolarité des jeunes et la désaffiliation sociale et familiale des aînés. La fracture sociale ne favorise pas le lien social.

S.C. Le populisme s’attaque aussi aux étrangers, en Europe ?

M.J. Il y a étranger et étranger ; il y a les étrangers européennes assimilables, et les autres qui ne sont pas intégrables. Même si on reprend l’ensemble des immigrés, pas seulement les réfugiés, leur présence est en moyenne de 6% en dans l’U.E.

Les nouveaux flux migratoires appellent à de nouvelles configurations dans les rapports avec les pays en périphérie de l’espace Schengen, faisant office de tampons : le Maroc et la Turquie. Pour réguler, endiguer ces mouvements, l’U.E. sollicite des partenariats durables.

S.C. Avec qui, ces nouveaux partenariats ?

M.J. De plus en plus dans les conférences et autres congrès on voit les regards se tourner vers le Maroc…

S.C. C’est le nouveaux partenaire en vue ?

M.J. C’est un partenaire antérieure à l’Union mais avec lequel se négocie de nouveaux partenariats. De l’avis d’observateurs internationaux et d’institutions telles que le UNHCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), il a étonnamment réussi sa transition de pays d’émigration vers celui d’immigration ; . En fait, il est actuellement confronté aux deux situations qu’il assume conjointement. Enfin, c’est aussi un candidat plausible d’autant plus qu’il jouit d’un statut avancé avec l’U.E. Récemment, le représentant du groupe alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, a affirmé concernant les relations UE-Maroc, que le Maroc est « un allié stratégique stable de l’UE, en particulier en ce qui concerne les défis communs,… »

Quant à sa politique continentale, vous savez combien il l’a renouvelée et consolidée. Autant d’éléments qui font de ce pays un partenaire clé, une interface toute désignée dans le cadre de la refonte des relations Afrique-Europe prévue pour février 2020.

Propos recueillis par

Sarah Boumen

Journaliste

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